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Un sage-F.Pourcel

24-02-2007

Ouvre-moi...



Ouvre-moi le portail sur tes eaux tumultueuses, entrouvre ta vie que je me glisse sur l’écume crème de ton désir…

 

Ouvre-moi le portail d’une seule main tandis que l’autre se portera à mon sein nu et doux dans le plaisir…

 

Ouvre-moi le portail de tes artères grondantes de sang vermillon, que je m’abreuve à la source de ta jouissance…

 

Ouvre-moi le portail sur tes yeux de soleil renversés aux cieux, entrouvre ta paume que mes doigts y griffent nos épousailles…

 

Ouvre-moi le portail de tes nuits balnéaires pour que mes dents gravent à ton cou une fleur sanglante  et  indélébile…

 

Ouvre-moi le portail de l’amour incendiaire, que l’eau de mes larmes coule sur ton corps affamé et  gracile…

 

Ouvre-moi le portail de l’éternité, entrouvre juste un instant la porte qui franchit tes passerelles interdites et je t’aimerai à jamais…

Marie Lanson
Apostilles(5)

22-02-2007

Deux coeurs...



Deux cœurs, deux roses qui se teintent de flou évanoui,

Cellophane en filigrane sur les mots reportés, les oublis,

Ceux que l’on se dira tout bas, c’est certain, la prochaine fois,

Deux cœurs, deux roses grenat, tranchées par le fil du rasoir,

Aiguisé aux cailloux brûlants, acérés, qui marquent la chair,

Satin andrinople qui se voile de pudeur pour mieux se taire,

Deux cœurs, deux roses séparés par le segment de l’absence,

Et les tons déjà se colorent de sépia dans le soir qui s’avance…

Marie Lanson
Apostilles(7)

18-02-2007

Carnaval...



Butiner un sourire sous le masque à peine clos,

Soulever un regard au travers des œillères d’or,

Les heures sont aux paillettes de ciel et dentelles,

Fleurir des étoiles au front lisse des jouvencelles,

Carnaval tremblé sous l’ombrelle en plein soleil,

Du rythme qui bat tambour et reluit de vermeille,

Les capes de velours traînent sur les places pies,

Aux  fins traits de lasure fendus de lumière impie,

Les dieux et les diables en sarabandes éternelles,

Ne s’arrêteront que le mercredi en repentir véniel,

Quand les mains tomberont les oranges et les gâteaux,

Et viendront à doigts de loup au carême pour le repos…

 

Marie Lanson
Apostilles(7)

11-02-2007

Charbon...



De bois, d’acier aux mines sombres enfouies, veines noires,

Balade et pluie au rythme des gueules noires d’hier illusoire,

Les reflets en miroir de flaques parlent toujours du charbon,

Comme une plaie vive couturée et boursouflée de chansons,

Du tonnerre de grisou qui tuait sans sursaut au fond du trou,

Se dressent encore les squelettes vitrifiés sur les limons fous,

Un abandon cruel du passé se disloque entre ombre et clarté,

Tels les souvenirs collés aux godillots des cadavres délaissés,

Visite insoupçonnée en terres de Cheratte où meurt l’espoir,

De voir renaître un jour la lumière au cœur de notre histoire…

Marie Lanson
Apostilles(8)

07-02-2007

Enfant...



Dors enfant des brumes, enfant des lunes,
Les sages envieillis, gardiens des antiques runes,

Veillent...
Rêve enfant des dunes, enfant d'écume,
Les anges ailés de dentelle, veloutés de plumes,
Veillent...
Vis enfant de fortune, enfant de lagune,
Les dieux d'hier dans leur gloire posthume,
Veillent...
Ecoute ton âme,
Suis ton cœur,
Fuis l'infâme,
Ignore la peur,
Moi je suis là,
Je veille...


Marie Lanson
Apostilles(10)

04-02-2007

Le monde à l'envers...



Aux reflets immenses des arbres immobiles, tombe un soupir,

Juste une virgule de minutes sur le crépuscule qui s’inverse,

Un pli bleu dans l’onde froide tremble sous un soleil vampire,

Et l’heure se perd entre les prières et la noirceur des messes.

 

Une fêlure d’anomalie dans l’espace troué de lumière, se tresse,

Et des arcs-en-ciel ultra violet s’enfoncent dans la terre vive,

Un pas en arrière dans le monde à l’envers, et le ciel régresse,

Chassé par des ombres qui dévident leur écheveau, pensives.

 

Aux appels des étoiles obscures, les chants des sirènes de la nuit,

Dansent encore sur les fonds sablonneux des eaux en mutation,

Un seul regard jeté par-dessus l’épaule dans le gouffre du puits,

Et c’est toute la vie qui bascule dans le mouvement du tourbillon…

 

 

Marie Lanson
Apostilles(7)

02-02-2007

Abstraction...



Lace, enlace, délasse, des traînées de passé, de rêves avortés,

Plonge en silence vers des abysses, tourbillon de flots furieux,

Le cœur en berne de satin noir, ton âme éternelle effilochée,

L’avenir s’espace de larges trouées et se veut si mystérieux.

 

A nos envolées, à nos désespoirs, me coucher dans ton sérail,

Gardienne de tes messes sacrées, de tes requiems désenchantés,

Le soleil peut bien rouiller sur les ruines de nos vieilles murailles,

Esclave ou maître du ciel, il s’éteindra dans nos yeux alarmés.

 

Aime ou déteste les mornes cailloux de tes funestes pensées,

Un jour, un soir, la vie se ternira de ses longs voiles obscurs,

A nos remords et nos regrets, il ne restera plus que l’éternité,

Suppliant le néant de ne durer que son temps d’investiture.

 

Tombe dans les limbes percées à coups de couteaux acérés,

La mort me donnera la force de te suivre au bout de l’enfer,

Le Styx emportera l’image glacée de nos cœurs fous enlacés,

Et chaque grain de lumière balisera encore nos chemins d’hier…

 


Marie Lanson
Apostilles(4)
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