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Un sage-F.Pourcel

27-10-2006

Si tu vois...



Si tu vois Gaël, dis-lui,

Que les jours, seule, sont comme la pluie,

Ils ruissellent sur mon âme atrophiée,

Qu’ils inondent mes souvenirs envolés,

Dis-lui,

Que mes rêves pleurent sans bruit,

Dans l’obscurité de la terre endormie.

 

Si tu vois Gaël, dis-lui,

Q’un oiseau fou vient danser la nuit,

Sur les orées de mes lacs immobiles,

Sur les lisières du temps qui fuit,

Dis-lui,

Qu’il muse son nom qui gémit,

Et que mon cœur s’exsangue de lui.

 

Si tu vois Gaël, dis-lui,

Que la fée de la grotte sacrée s’ennuie,

Depuis tous ces siècles où il est parti,

Sur les routes pour combattre l’ennemi,

Dis-lui,

Que nous y retournerons les doigts unis,

Scellés par cet anneau qui y brille.

 

 

 


Marie Lanson
Apostilles(10)

21-10-2006

Prince-poète...



Prince-poète, où donc est ta verve, où sont tes mots ?

Je viens à la nuit éboulée, me glisser nue sous ta peau,

Je perçois ce sang que charrient tes veines créatrices,

Mais j’ai beau écouter tambouriner les rimes tristes,

Sur les parois de ton cœur, sur les cordes de tes nerfs,

Rien ne naît, rien n’illumine ta ville aux larges artères.

 

Prince-poète, où donc est ta strophe et ta syllabe légère ?

Hier, je te connaissais le verbe fidèle et l’épithète adultère,

De toi, je n’ai plus qu’un écho mort en creux d’images,

Je tends l’oreille aux tintements des clochettes sauvages,

Tu dors sur les phrases qui roulent d’ennui dans ton lit,

La lune bruine de la poussière fine sur l’arc de tes cils.

 

Prince-poète, où donc est ta folie, où donc sont tes atours ?

Reviens encore une fois me faire frémir, me faire l’amour,

File la laine de mes rouets enchantés, de mes châteaux vifs,

Belle j’étais, belle je serai à nouveau si ton cœur s’enivre,

Dis moi prince poète, murmure les reliquats de nos festins,

Retrouve au bout de toi juste un reste, une bribe de refrain.

 

Retrouve au bout de toi juste un éclat de ce que tu étais,

De ce que, pour moi, Prince-poète, tu étais…


Marie Lanson
Apostilles(5)

16-10-2006

Pour toi...

Pour toi,

Tous les avions…

Pour toi,

Tous les avions en partance vont au Sénégal,

Le ciel ne peut que mener les cargos d’acier,

Vers les terres de Casamance ou l’île de Gorée.

Pour toi,

Toutes les vapeurs argentées aux nues ardoises,

Les traces fines déroulées sous le soleil d’airain,

Ne sont que des envols vers le continent africain.

Pour toi,

Tous les rêves de liberté s’amarrent sous les ailes,

Des avions en point lumière là-haut, reflet miroir,

De tes évasions, goutte de magie emplie de sortilège.

Pour toi,

Tous les avions en partance vont au Sénégal,

Là-bas ne peut être que l’espoir d’une autre vie,

Au bord du lac Rose ou de la Langue de Barbarie.

Pour toi,

Tous les avions…

Marie Lanson
Apostilles(6)

11-10-2006

Amour...



Les lendemains froissés…

 

Les lendemains froissés, les aubes soupirées de nos ébats,

Je te cherche d’une main fébrile dans la chaleur des draps,

Ton corps endormi tangue toujours de nos désirs dénattés,

Egrainés un à un sur nos peaux rayées de lune décolorée.

 

La clé des rêves danse encore sous tes paupières baissées,

Que déjà tu souris sous la caresse de mes doigts allégés,

Mouvement à peine perceptible de tes hanches vers moi,

A peine un pli au creux du tissu embaumé de tes émois.

 

Le jour déplié se voile de rosée sur ta silhouette incurvée,

Les monts et les vaux cachent le coffre aux secrets enclavés,

Amour à contre-temps sur les heures dérobées au réveil,

Blottis en amants, en tendresse blonde qui s’ensommeille.

 

La clé des songes ouvre les portes de tes Edens perdus,

A prendre les routes buissonnières de tes heures dévolues,

Je dérive dans tes éthers épurés et dans tes ciels amoureux,

Tête contre tête, au cœur des minutes bruissantes d’aveux.

 

Les lendemains froissés …

Marie Lanson
Apostilles(5)

09-10-2006

Bataille d'eau...



Quand l'eau devient arme, quand l'eau devient larme, ou bien devient cible,

Quand l'eau, perle de vie devient source de mort, d'envie, ou de conflit,

Elle est utilisée comme un enjeu, comme un glaive brandi contre l'ennemi,

Elle assassine des peuples, assoiffe des populations et dessèche des pays,

Depuis les temps les plus reculés, l'eau est utilisée pour vaincre sans merci,

L'histoire est émaillée d'images où l'eau est un élément de stratégie,

Elle s'empoisonne, se rationne, déferle, recouvre, se détourne ou se tarit,

L'eau, précieuse, peut être plus meurtrière que les canons qui tirent,

Quand les hommes perdent raison, ne pensent ni à la terre, ni à l'avenir...

Marie Lanson
Apostilles(4)

05-10-2006

Un soir, tu verras...



Un soir, je viendrai par le ciel d’orient, je viendrai musarder au soleil couchant sur les lignes flamboyantes de tes collines et sur tes rideaux de verdure. Je viendrai me glisser sous ta fenêtre avec un soupir froissé et un regard d’écume et tu me regarderas sans me voir.

Les terres mousseront sous mon pas léger et la résine d’or des pins gouttera en bijoux odorants sur les pierres de mon chemin. Je serai la silhouette de la lune levante, et le contour de ton sommeil, je serai l’auréole éblouissante de tes rêves.

Une nuit, je patinerai de cristal tes prés et tes champs, et l’hiver sera là au coin du bois à t’attendre et tu ne le sauras pas. Je coulerai jusque dans ton cœur, douce comme une plume d’oie et j’y déposerai les mots que tu n’entendras pas. Tu te retourneras sur le chant d’une mésange et ce sera moi, cachée sous les couleurs du printemps au cœur des frimas.

Un jour, le ciel prendra feu sur l’horizon, j’y aurai lancé des feux de Bengale rien que pour toi, l’air goûtera les saveurs épicée du papier d’Arménie, l’encens et le myrte, les aurores boréales descendront du grand nord à mon appel pour faire un décor à ta vie.

Un soir, je serai là et tu ne le sauras pas…

Marie Lanson
Apostilles(5)

02-10-2006

L'ère cybernétique...



Vivants et non vivants, interaction, rétroaction, contrôle du tout,

En tout, partout,

Tes mots glacés de réverbération fusant dans le micro,

Structure inébranlable de la technologie,

Pilote de métal aux commandes des systèmes matériels et universels,

Formalisme absolu, perfection mathématique et algébrique de l'originel,

Domotique, robotique, informatique,

De l'ère technique jusqu'à tes yeux de feu trouant la webcam,

Nos cœurs battent à l'unisson du virtuel et intemporel espace.

 

Humaines et animales, de silicone, de fibres optiques, de cathodes, d'anodes,

Machines infernales, intelligentes, outrancières,

Elles ne me laissent de toi qu'un écran vide et plat, infranchissable barrière,

Unidimensionnelle, la nouvelle Babylone nous fige de silicium,

Notre âme pétrifiée de cuivre et de carbone,

Le destin aux portes du totalitarisme des théories précises,

Se faire l'amour au travers des formules, des théorèmes et des fonctions,

Et t'aimer en Java, Cobol ou Fortran,

Numérisation de mes plus beaux sentiments.

 

Minéral et végétal, disséqué et appliqué, l'univers en carte-mère,

Subtile émergence de l'homme domestiqué, échange énergétique, systématique,

De nos saveurs, de nos parfums, de nos regards,

Tes mains de nickel et de titane à ma peau, à mon corps en interphase,

J'enflamme tes neurones artificiels de mes désirs alignés et calculés,

La conscience conventionnelle, synthétisée en modules combinés,

Plus jamais ne se rebelle,

L'ère cybernétique couvre de sa toile immense les valeurs essentielles,

Et agence sous des dehors humains ce qu'il nous reste de divin…

 

Marie Lanson
Apostilles(4)
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